jeudi 21 octobre 2010

Un activia et ça repart.






















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Aaaaah c'est la misère.
Je crois que je comprends enfin le sens de l'expression pétage de plombs.
Ce diplôme aura ma peau.

dimanche 17 octobre 2010

Dis, tu veux faire quoi quand tu seras grand ?




























Comme j'ai un peu la flemme de pondre un article qui ait le mérite de ne pas être trop chiant ni trop déprimant, et que de surcroit j'ai sous la main exactement THE question qui me taraude l'esprit à ce présent moment, lue dernièrement sur un blog que j'affectionne particulièrement, j'ai décidé de plagier en toute légalité puisque je cite la source et que je ne m'approprie d'aucune façon que ce soit l'article qui suit. Il est d'une vérité tellement criante, qu'il éclabousse d'évidence notre réalité à tous.
Bienvenue dans la génération Peter Pan.


( de http://tournemonmonde.blogspot.com/)
["Dis, qu'est-ce qu'on fera quand on sera grand ?" est donc ma petite troublerie existentielle du moment. Le millésime 2010 de la question-qui-fait-chier. Oui parce-que ça fait quand même quelques mois que ça me pose une sérieuse colle, cette affaire.
Pour mise en bouche, vous pouvez déjà vous délecter de l'ironique formulation de la question, que dis-je de LA question. En effet, c'est maintenant, à 22 ans passés études terminées et un vrai emploi en poche, que l'on est en droit de se demander ce qui va bien pouvoir occuper les journées de notre vie d'adulte. [...]
On notera au passage que faire choisir à un gosse de 16 ans ce qu'il veut faire de sa vie plus tard est une prouesse dont les rouages doivent être mieux gardés que la formule du Coca-Cola. Mais Les mystères de l'Éducation Nationale ne sont pas notre sujet d'études aujourd'hui, bien qu'il y ait matière à recherche. [...]
De toute façon cela importe peu puisque l'étudiant à la fac sera hypnotisé (les cours un lendemain de soirée étudiante ressemblant plus à Shaun of the Dead qu'au Cercle des poètes disparus) au point que quelle qu'en ait été l'issue du "choix" du Collège, on se retrouve dans le même bateau.
Et ce bateau, c'est un peu le FanxBoat de l'emploi : tout le monde se dispute sa place à l'intérieur, bien qu'il soit trop petit pour accueillir l'ensemble des désireux simultanément. On est donc d'un seul coup, catapulté de notre siège au fond de la classe (sur lequel on pouvait dormir all day long sans conséquences) à la file d'attente de l'ANPE (où il est plutôt difficile de tenir en équilibre un lendemain de cuite). Bon, qu'on trouve un taf ou pas de toute façon le problème est là : il faut bosser. Il faut se lever tous les jours et faire tous les jours la même chose, supporter un patron et des tâches au sex-appeal franchement pas 2.0, tout ça pour pouvoir enfin voler de ses propres ailes et aspirer à une vie unique... et semblable à des dizaines de millions d'autres.

Bon là on marque une pause, puisque vous devez certainement pressentir le billet de fénéant qui se plaint parce-qu'il ne veut pas bosser. Pour ma défense : OUI, c'est exactement ça. Vous êtes en train de lire la complainte type du jeune-qui-veut-des-tunes-mais-sans-travailler. Toujours est-il que ce caprice est Mon caprice, et qu'on ne se refuse pas un petit caprice des Dieux.

Reprenons : il faut donc bosser, oui.  A partir de ce jour, vous allez devoir vivre le restant de votre vie en faisant exactement la même chose qu'aujourd'hui, à quelques détails près. Et ce pour, sauf si vous êtes chanceux, vous offrir deux sorties par mois et deux semaines de vacances par an, entassé sur une plage du sud de la France en compagnie de milliers de touristes dans votre cas. Après tout, nos parents y arrivent alors pourquoi pas nous ?

Nous, on n'a pas encore perdu nos rêves de gosses. On croit encore qu'on va faire cosmonaute, pirate ou ninja, joueur de foot professionnel, dessinateur de BD ou chanteur dans un groupe de rock. Et que de toute façon on sera riche, qu'on aura plein de potes qu'on verra tout le temps, et qu'on fera la fête. Sauf que plus que face à n'importe quelle conseillère d'orientation du monde, c'est aujourd'hui, à cette période charnière entre la fin des études et le début de l'emploi, que l'on prend conscience que tout ça c'est comme le Père Noël. Non, je ne serai pas dessinateur ou aventurier. Non, je ne serai pas riche et célèbre. Et oui, il faudrait que j'arrête de faire la fête tous les soirs maintenant.
Mais je n'en ai aucune envie ! Je veux siroter des cocktails fluorescents sur une plage de sable blanc ! Je veux voyager autour du Monde et faire la fête dans chacune des capitales de cette vieille terre ! Mais au lieu de ça, il faut faire comme tout le monde, c'est à dire pas grand chose. L'avenir, tout aussi réussi professionnellement parlant soit-il, eh bien il est d'un ennui à mourir. Il fait pas envie, l'avenir. Être une grande personne ça suxx à mort, à moins d'être pété d'tunes. L'argent ne fait pas le bonheur, tonton Walt et ses copains nous l'ont très bien appris dans les dessins animés. Mais ce qu'on ne nous a jamais dit de façon explicite, c'est que l'argent il fait la différence. Par exemple, la différence entre le mec qui fait du stop et celui qui roule en Merco SLK. Ou la différence entre celui qui bosse 8 heures par jour pour nourrir ses gosses, et le gossderishqui se nourrit 8 heures par jour avec l'argent de son pôpa. Putain, le problème n'est pas la tune ! Non, je ne suis pas obsédé par l'argent et oui, je me fous d'être riche !
Condamné à de toute façon ne pas pouvoir vivre une vie d'enfant toute sa vie d'adulte, et ce uniquement parce-que nos parents n'ont jamais eu la bonne idée de devenir riches, on est maintenant bien obligés de bosser. Insatisfait comme je le suis, je passe le plus clair de mon temps à travailler à l'imagination d'un plan de secours plutôt qu'à l'acceptation de ma condition de citoyen de la classe moyenne. Et en attendant d'avoir trouvé l'idée miracle, tout ce que l'on peut faire c'est se dire qu'il est bien loin, le temps des parties de billes dans la cour de récré en s'imaginant un jour avoir des super pouvoirs. ]


Et vous, qu'est-ce que vous voulez faire quand vous serez grands ?
 

dimanche 10 octobre 2010

Amo-Amas-Ama

























"Grâce à lui, j'avais découvert les ressources infinies de mon corps, mais pour le reste, les ressources infinies de mon âme, j'étais moins avancée. Je souffrais, dans le secret de moi-même, de ne pas savoir qui j'étais. J'éprouvais, sans le formuler, un solide mépris mon cette fille qui ne savais pas dire "moi" ou "je", sans hésiter, sans changer de ton, de conduite, de personnalité. J'oscillais sans cesse entre le lutin charmant, la guerrière dure à cuire, la petite fille abandonnée et la princesse endormie qu'un prince breveté viendrait réveiller et emporter sur son cheval fringant.
J'étais la première à me perdre dans mes dédales intérieurs, et j'en voulais pêle-mêle à moi-même, à mes amants et au monde entier. J'amassais, au fil de mes égarements, une pelote de haine lustrée qui ne demandait qu'à se dévider. Si, vu de l'extérieur, je ressemblais à une jeune fille appliquée et gentille, le champ de ruine qui formais mon jardin secret avait de quoi me décourager et me donnait envie de mordre tout animal qui m'approchait de trop près."

[...]

"Aimer... ce mot bateau qui prend l'eau de partout. Même le petit Robert y perd sa clarté. C'est quoi Aimer ? Quel est le "Je" qui dit "Je t'aime"? A qui s'adresse-t-il ? Que demande-t-il en échange ? Ou bien est-ce gratuit ? Le serment d'une seconde ou d'une éternité ? Une bulle de trois mots qui crève lors d'une étreinte réussie, d'un manque comblé, d'un rêve d'enfant exaucé ? Et d'où nous vient notre manière d'aimer ? Sommes-nous les seuls ouvriers de cet échafaudage branlant ? Qui a mis en place les traverses et les boulons, les poulies et les planches où nous avançons en aveugles tâtonnants, persuadés d'être libres et conquérants?"

[Katherine Pancol - J'étais là avant]

Et si je vous demandais quelle est, pour vous, la définition de l'amour ?

Est ce que c'est : "Enfin, je sais"?

Est ce que c'est : "Toujours" ?

Est ce que c'est : "Sans toi, je ne sais pas ?"

Où est-ce que c'est quand  sans l'autre, sa vie perd tout son intérêt ? 

"L"amour, c'est quand l'autre vous regarde, pose son regard sur vous et voit, au fond de vous, des pépites que vous ignoriez, les exhume et vous les apporte. Pour vous enrichir, vous agrandir, vous rendre libre. Le regard d'amour qui fait de vous une autre, vous donne de grands espaces où galoper ivre de fierté. Je suis moi et je suis quelqu'un de formidable parfois, de moins formidable d'autres fois. "

L'amour, c'est quand l'autre nous accepte tel que l'on est.

Alors, pour vous ça veut dire quoi, Aimer ?

Mika - I see You

samedi 9 octobre 2010

Vie-et-liesse





















On sait qu'on vieillira tous, un jour. Et d'ailleurs, on vieillit, chaque jour. à chaque minute qui passe, à chaque moment qu'on partage ou qu'on perd, qu'on aime, qu'on rie ou qu'on pleure, on vieillit. 

On le sait, ça. On le sait mais on se dit qu'on a le temps, que c'est pas pour tout de suite, parce qu'en fait on a pas trop envie d'y penser. C'est même pas qu'on a peur de vieillir, c'est plutôt qu'on n'arrive pas à se projeter dans la vieillesse. Il nous manque cette capacité d'imaginer un futur qui ne ressemble pas à l'être humain du présent.
Pourtant, on arrive quand même à s'imaginer Papa ou Maman. Ou Chômeur, ou Riche, ou Instit, ou Peintre
Mais Vieux, non. 

La maison de retraite ou je travaille en ce moment, elle est pas mal pourtant. C'est plutôt le gratin des vieux. Des gens qui, théoriquement; ont plutôt réussis dans la vie, ou, du moins, financièrement.
Quand je vois le prix qu'ils payent pour être là, je me dit que vu la retraite qu'on aura, nous quand on sera vieux, bah on a peut être raison de ne pas trop y penser, finalement. Peut être qu'ils feront des ghettos pour vieux parce qu'ils ne sauront plus trop où les mettre. Remarquez, y a déjà des endroits qui ressemblent un peu à ça. Nous on sera en surnombre, on soulera tout le monde et plus personne ne voudra s'occuper de nous, ce sera encore pire que maintenant.

C'est vrai, finalement, un vieux, ce n'est plus productif, c'est périmé, ça ne sert à rien, alors bon. Pourquoi on s'embêterait ? On met des millions pour sauver les banques parce que c'est plus important l'économie. ça n'a pas de coeur qui bat mais c'est un investissement à long terme. Alors que le long terme d'un vieux, je vous accorde qu'il est un peu plus limité.

Quand on est vieux, on est vulnérable, on ne peut plus se défendre et les autres décident pour nous, on perd la boule, on devient moche et on est malade, on porte des couches et on est tout seul parce que tout les autres sont morts. Les enfants, il viennent de temps en temps mais parfois on sent bien qu'on ne se comprend plus tout à fait. ça, c'est quand on peut encore tenir une conversation, parce que sinon on soule tout le monde et plus personne ne veut venir nous voir.

Tout le monde s'en fou des vieux dans ce pays. C'est révoltant. 

C'est vrai, finalement, ça dérange la vieillesse. ça nous renvoie à nos propres limites, parce qu'on sait qu'un jour, ce sera notre tour. Peut être que les progrès de la médecine, finalement, ça nous pousse jusqu'à des moments où on est encore en vie biologiquement parlant, mais ou notre vie est terminée, en fait. à des âges où ce n'est pas très naturel d'être encore vivant. Où on attend juste de mourir.
Maintenant, on vit vieux, mais à quel prix ?
 

Bon alors... Je ne suis pas sûre de vouloir le savoir, mais c'est trop tard. 

D'après vous,  quand je serai vieille, j'aurai quelle tête ... ?
(Bon, je vous passe les détails du relookage chimpanzé ou bourré, que je juge quelque peu inutile et inapproprié au sujet.)





























... Et vous ?



Le vrai mal de la vieillesse n'est pas l'affaiblissement du corps, mais  l'indifférence de l'âme. 
André Maurois


Alice Lewis - Parachute

mercredi 6 octobre 2010

Flemme et Gris Souris.

















On se réveille le matin, il fait encore nuit noire et on entend la pluie qui tombe dehors. Qu'est ce qui se passe ? C'est quoi ce hurlement? Ah oui, c'est  notre cher réveil qui nous rend son service quotidien. Alors on se tire du lit avec difficulté, les yeux encore collés, le filet de bave au coin de la bouche. Les cheveux mis n'importe comment et la tête à l'envers, on obéit pourtant à cette petite voix qui nous guide jusqu'à la douche, qui nous déshabille dans un frisson blanc comme le carrelage glacé de la salle de bain, qui nous engloutit dans une gorgée de café brulant. On ne réfléchit pas, on exécute. Parce que c'est comme ça qu'on fait. C'est comme ça que tout le monde fait.

L'élan vital, c'est qui ce mec ? Qu'est ce qui nous oblige à nous lever le matin, à ne pas rester toute la journée sous la couette à mater des émissions débiles ? Et pourquoi on obéit à la loi contre-nature du travail ?
Parce que c'est comme ça. Parce qu'on veut faire quelque chose de sa vie. Avoir des sous, avoir un appart, avoir une vie comme les autres. Parce que ne rien faire, ce n'est pas naturel non plus.
Alors on rejoint le tourbillon des autres qui, comme nous, font comme les autres. On se joint à eux dans les embouteillages de huit heures, dans la cohue des supermarchés, dans les méandres d'internet et dans les soirées trop arrosées. On aime pas ça, pourtant. On râle, on peste, on dit quelle bande de cons, et on oublie un peu qu'on en fait partie. 
Il y a des gens positifs, qui n'ont rien remarqué ou qui font semblant. ça doit être cool, d'être positif, ou d'être naïf, je ne sais pas trop si c'est pareil. Moi j'aimerais bien être optimiste, mais je n'y arrive pas.  Je passe ma vie à surfer entre mes phases up et mes phases down. Mes phases up, je les aime bien, c'est des moments où j'ai l'impression que rien ne pourra jamais m'atteindre. Que mon destin est tout tracé, que c'est sûr, je vais être heureuse, entourée de gens toujours de bonne humeur et en bonne santé. Je dois avoir des pics d'endorphine, c'est peut être ça qu'ils ressentent, les héroïnomanes. 

Et puis, il y a d'autres moments dans lesquels j'essaye de ne pas voir tout en noir.  De chasser ces doutes qui engourdissent mon élan vital.
Reviens, élan vital ! Je veux retrouver tes petites joies simple, je veux rire d'une blague pourrie et je veux apprécier un sourire ou l'odeur d'un livre neuf. Je veux rêver ma vie et vivre mes rêves. je veux faire des projets, et qu'ils soient partagés. Je veux combler ce vide qui semble faire partie de moi, parfois. Je veux déborder à grands remous d'énergie, d'énergie positive et je veux en inonder les autres.
Je veux faire quelque chose de ma vie, quelque chose de bien. Je veux arrêter d'avoir peur de vieillir, parce qu'à 22 ans, ça craint. Je veux profiter de ma jeunesse, de chaque minute  qui passe, et je veux me shooter au bonheur.

Alors je me demande si la lucidité c'est une contrainte au bonheur ? Est ce qu'on n'est pas mieux dans l'illusion ?
Pourtant je ne suis pas malheureuse non plus. J'ai tout ce qu'il faut pour être bien. C'est pour ça que je me sens super bête, je veux pas faire ma Cosette. Je me rends compte que tout mon noir, c'est moi qui me le créé. Peut être que j'ai pas assez de problèmes, ça me permettrait d'apprendre à me battre, un peu. à positiver. ça ne me ferait pas de mal, de me mettre du plomb dans la cervelle. De comprendre que tout n'est pas dû et que tout peut s'envoler, aussi.
Mais j'ai l'impression que tout ça ne sert à rien. Que c'est une comédie, et que  tout le monde fait semblant. Que tout peut s'arrêter d'un moment à l'autre. Que de toute façon, on croit aimer, mais on n'aime pas vraiment, et que si la personne n'avait pas été la on aurait vécu autrement et puis c'est tout.

Il y a ceux qu'on remarque parce qu'ils ont "un pas qui domine le monde". Et puis il y a les autres,  toutes ces âmes, baillonnées par leur élan vital, muettes et rendus sourdes. Toutes les âmes de ceux qui ont l'impression de ne plus avancer, mais qui s'épuisent parce qu'ils n'ont pas le choix. C'est ça, la vie.
Et tout ce petit monde passe son temps à se torturer pour savoir s'il est à sa place, et pourquoi ci, et pourquoi ça, et pourquoi il n'a pas trouvé l'amour, et pourquoi la crise, et pourquoi la guerre, et pourquoi la vie.

Mais putain, la crise vous voyez pas qu'elle est dans votre tête ? Qu'est ce qu'on s'en fou de la crise! Tout ce qu'on veut, c'est être heureux. Tout ce qu'on veut, c'est être regardé.

Regarder : faire en sorte de voir, s'appliquer à voir quelqu'un ou quelque chose. signification intellectuelle ou morale exprimant le fait de prendre en considération, d'accorder toute son attention. Dérivé de garder : "veiller", "prendre garde à"

Il y a des jours, comme ça, où j'ai juste "pas envie".

Ben's Brother - I am who I am

samedi 2 octobre 2010

Y'a pas de l'écho... ?


















Aujourd'hui, j'ai fait un triste constat. 

Vous avez déserté. 

Fini les commentaires enflammés, fini les déclarations d'amour passionnées.
On dit que le succès ne dure qu'un temps. Celui de ce blog est probablement révolu.

Aujourd'hui, je dois me rendre à l'évidence. Je me suis faite larguée par mes lecteurs.


Si c'est pas triste ça.




Bonobo - Kota

jeudi 30 septembre 2010

Retour vers le futur...












C'est un couple qui ressemble à n'importe quel couple. La femme, elle est jolie, même très jolie, même pas maquillée sur une table d'accouchement. Le mec, il est pas mal non plus, un peu espagnol et un peu stressé aussi. C'est normal d'être stressé, dans très exactement deux heures il n'aura plus seulement une voiture et un chien, il aura aussi un fils qui fera pipi, caca, areuh et ouin. Alors forcément, ça doit probablement le retourner un peu de penser à des choses comme ça.

Pour le moment, il se contente de vaporiser de temps en temps le visage de sa bien aimée, en lui murmurant des mots d'encouragement à l'oreille. Entre les contractions, elle se calme, elle respire, elle parle. Elle nous raconte la chambre du bébé, le magnet derrière la voiture et le siège auto installé depuis deux jours. Elle parle pour combler le vide parce qu'elle a peur, un peu. Mais elle est quand même obnubilée par ça, ne peut s'empêcher d'imaginer le moment magique où elle pourra le tenir dans ses bras. Pour le moment, elle s'inquiète aussi un peu. " Tu regarderas pas, hein ?" qu'elle lui dit.

Et puis il a oublié l'appareil photo dans la voiture, alors, comme elle le supplie, il part en courant. Il dit qu'il n'est pas garé loin, qu'il faut qu'elle l'attende. Il doit y aller deux fois, parce que la première, il n'a pas regardé dans le sac noir qui est sur la banquette arrière, à côté du cosy. Je vous le disais, il est un peu stressé. Et puis, il revient enfin, tout essoufflé et tout rouge, et cette fois il était temps parce que c'est bel et bien l'heure. La pauvre, elle n'a pas pu avoir de péridurale parce qu'elle est arrivée trop tard, alors elle douille. Entre deux contractions, elle souffle, et elle nous dit d'un air un peu abattu : "Bon, aller, on va pousser". Le papa, il est à fond, et à deux doigts de tomber dans les pommes. Il lui tient la main et il lui dit "Aller, on pousse ! On pousse ! Tu es la meilleure ! Aller pouuuuuusse ! Ouiiii !" et il pousse, pour lui montrer qu'il l'accompagne jusqu'au bout. ça me donne envie de rire, et c'est un peu émouvant aussi. Quand la première mèche de cheveu apparaît, il a déjà les larmes aux yeux. La maman, elle, commence à faiblir. C'est que ça a vraiment pas l'air agréable, d'accoucher. Limite on a envie de pousser pour elle, pour l'aider un peu. Et puis ça dure un peu, pas si longtemps mais je suppose que quand on a l'impression de se déchirer de l'intérieur, les minutes doivent passer relativement lentement. Elle n'en peut plus, ça se voit. Mais elle continue (de toute façon pas trop le choix.)

Et puis, ça y est. Enfin. La tête sort, et puis l'épaule, et puis le corps.

Et c'est là que le miracle se produit. Elle a tout oublié, toutes les misères qu'elle a eu. Tout ce qui compte pour elle, c'est le bonheur merveilleux de serrer son bébé qui était encore en elle une minute auparavant.

"Oh mon amour, tu es si beau !" Et le néo-Papa, qui répète d'un air hébété :"mon fils... mon fils"

"Oh Chéri ! C'est quand même incroyable, vraiment incroyable qu'on soit capable de faire quelque chose d'aussi beau ! Tu ne trouves pas ?"

"Oh oui, c'est incroyable. Et c'est incroyable comme je t'aime. Oh là là, qu'est ce que je t'aime !"

Le papa lève son visage inondé de larmes pour me tendre l'appareil photo. Et moi, toute pleine de larmes aussi, je m'improvise photographe.Et le bébé, il est médusé et regarde autour de lui avec ses grands yeux noirs en se demandant dans quel drôle de monde il a bien pu atterrir.

Et devant ce tableau du parfait amour, on est cinq pauvre gus à sangloter dans une salle d'accouchement. Eux encore c'est normal parce que c'est leur vie et en toute honnêteté il n'ont pas l'air de l'avoir trop ratée, mais nous, franchement on a l'air un peu débiles.

Mais rien que pour un moment comme ça, on se dit qu'on fait quand même un métier génial.

Et puis, peut être que ça nous permet de vivre un peu par procuration, aussi ? *


"Tu en es là. Tu décides que le temps de l'éternelle adolescence est fini et qu'il est temps de grandir. Et tu grandiras. Et alors tout change. Et cette fois, les choses vont changer. Tu auras une maison plus grande, une piscine, un garage double et une pelouse toujours impeccable. Un patio fleuri et de belles plantes vernies. Un chien que tu appelleras Marx et un bateau que tu baptiseras Julia. Tu auras une assurance santé, une assurance vie, un réfrigérateur toujours plein pour ne pas te sentir pauvre, et des fenêtres qui laisseront toujours entrer le soleil. Et alors tu auras une famille heureuse, deux enfants en bonne santé, et elle, tu l'auras elle, qui te rappelleras toutes les belles choses que tu auras eu. Ce n'est pas ce dont tu as toujours rêvé ?"

(Juste un baiser, 2001)